Les ad-blockers deviennent un important problème économique pour les éditeurs de sites web

Publié le par Frédéric Montagnon

De plus en plus d'internautes ont recours aux adblockers au motif d'une publicité trop intrusive, gênante. Selon moi, AdBlock Plus et la centaines d'autres plugins/addons disponibles représentent une nuisance grandissante pour les éditeurs de sites web, dans la mesure où la publicité est le seul financement réaliste et efficace existant pour eux; et si les éditeurs sont en danger, ce sont au final les internautes qui en pâtiront.

Evolution du nombre de recherche sur Google pour le mot "adblock"

Evolution du nombre de recherche sur Google pour le mot "adblock"

Qui serait prêt à payer pour envoyer des emails ou des Tweets aujourd'hui ?

L'adage "If you're not paying, you're the product" ("Si vous ne payez pas, c'est vous le produit") est significatif de la crainte grandissante des consommateurs sur Internet : leurs données de navigation seraient utilisées à outrance pour leur proposer des messages publicitaires partout sur Internet et de manière de plus en plus ciblée.

En conséquence, une part grandissante des internautes utilise des extensions de navigateurs - des logiciels qui s'installent en quelques secondes - pour bloquer toute forme de publicité: 9,26% des publicités ont été bloqués en 2012 d'après un rapport de Clarity Ray, chiffre qui a presque doublé au cours des 18 derniers mois. Selon les audiences des sites web, le pourcentage des publicités bloquées peut atteindre jusqu'à la moitié des impressions publicitaires : un manque à gagner considérable pour les sites qui reposent quasi intégralement sur ces revenus.

Du côté des internautes, si je conçois que la protection de la vie privée soit primordiale, force est de constater qu'à choisir entre payer un contenu et l'obtenir gratuitement en l'échange d'une exposition à de la publicité, le choix est rapidement fait. La startup PageFair en a d'ailleurs fait l'expérience en offrant aux éditeurs de sites web une solution leur permettant d'offrir ce choix à leurs internautes. Résultat: moins de 0,3% des visiteurs qui utilisent un ad-blocker ont opté pour le paiement. Le modèle du contenu payant pour le très grand public ne fonctionne pas.

Des chiffres qui ont déjà 9 mois...

Des chiffres qui ont déjà 9 mois...

Il serait vraiment important que les consommateurs comprennent les tenants et aboutissants de l'utilisation des informations qu'ils divulguent en ligne plutôt que de diaboliser la publicité sur internet. D'autant que du côté des éditeurs, les conséquences des adblockers pourraient être très pénalisantes pour le financement, et donc l'offre de services aux internautes. Mais il y a peu de chance que cette prise de conscience se fasse. Une fois l'habitude prise de surfer avec un adblocker, il est difficile de revenir en arrière. Pour le moment le mobile est épargné, mais certainement pas pour longtemps.

Le véritable prix à payer pour se passer de publicité

Une étude E-marketer révèle que les revenus publicitaires des éditeurs étaient de 42 milliards de dollars en 2013, rien qu'aux Etats-Unis. Ce montant représente en moyenne 168 dollars par internaute américain : le prix à payer s'ils souhaitaient passer d'un modèle gratuit à un modèle payant. Et encore, ce chiffre n'est que théorique et serait nettement plus élevé si l'on prenait en compte les besoins en investissement pour produire la majorité des outils et contenus que nous utilisons en amont du point de rentabilité des entreprises.

Le financement par la publicité est aujourd'hui incontournable. Les usages du web gratuit sont tellement ancrés dans les habitudes de consommation que c'est le seul modèle efficace et réaliste. Il a par ailleurs au moins trois grandes vertus:

- premièrement, il permet de faire connaitre sans aucune friction des services et des contenus. La barrière du payant ou du "freemium" rendrait l'accès à ces services nettement moins évident;
- deuxièmement, la publicité permet une démocratisation du web dans la mesure où elle permet l'accès aux contenus gratuit;
- enfin, Internet étant global, les budgets publicité des pays développés financent aussi l’accès des utilisateurs aux contenus dans les pays en développement. Une forme de redistribution qu'on oublie trop souvent !

On ne s'imagine plus, aujourd'hui, payer pour envoyer des emails, regarder la météo, les infos, ou encore partager des photos et d'autres documents en ligne. Pourtant le développement de tels outils, aujourd'hui incontournables, nécessite beaucoup de ressources humaines. Je pense que jamais le web ne serait devenu ce qu’il est aujourd’hui sans la pub. Jamais les budgets n’auraient été aussi importants pour permettre de déployer des infrastructures aussi rapidement, jamais l’industrie n’aurait pu payer autant de talents pour construire les services et créer les contenus auxquels on accède aujourd’hui.

Si vous êtes éditeurs et que vous vous posez des questions sur les adblockers, contactez-moi, le sujet m'intéresse beaucoup et j'ai une solution.

Publié dans AdTech, AdBlock, Article

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roro 09/04/2014

Les ad-blockers deviennent un important problème économique pour les éditeurs de sites web ?

Ben ils avaient qu'a réfléchir avant de nous envahir de pubs.

Non mais sérieux si adblock marche si bien c'est qu'il est réellement utile. alors aux éditeurs de s adapter et de ne pas passer par ce type de pub.

Quand un site me demande de désactiver mon adblock je passe mon chemin, les meilleurs sites ne sont pas inondés de pub.

Marre du web poubelle, Merci Adblock et consort pour vos utilitaires gratuits qui nous préservent des marquéteux cravateux

Gastiflex 29/04/2014

42 milliards c'est ce que ça rapporte pas ce que ça coûte...
Le prix à payer pour se passer de pub, c'est ce montant moins les bénéfices.

geff 29/04/2014

Gros consommateur de contenus financés par la pub, j'ai désactivé mon adblock en me faisant cette réflexion que bientôt, ces contenus disparaîtraient si tout le monde le faisait... Mais franchement, c'est dur... entre les sites sapin de noël, les pubs vidéos ou il faut attendre 30 secondes avant de pouvoir accéder au contenu, les "spoil" de cadeaux fait à des proches a cause des pubs résultants de recherches google, etc... c'est dur de tenir... C'est un peu l'escalade, moins de revenu donc pub plus intrusive donc plus d'adblock donc encore plus de pubs. Faudrait un peu calmer le jeu (la marmotte...)
Même si c'est un techno soit disant vieillissante, les RSS jouent un peu le rôle du adblocker, ça me permet de sélectionner, sans pub, les news qui m’intéressent et c'est seulement quand je vais voir le contenu intégral, que mes yeux piquent...

Florian 29/04/2014

"Si vous êtes éditeurs et que vous vous posez des questions sur les adblockers, contactez-moi, le sujet m'intéresse beaucoup et j'ai une solution."

Suis intéressé par ta solution; comment l'obtenir ? merci

alain 14/06/2014

Vous récoltez ce que vous semez; quand les sites pourris de merde publicitaires auront disparus, tout le monde se sentira bien mieux.
Quant à dire que la pub permet la survie des sites de presse, qu'ils crèvent ou qu'ils s'adaptent; ils nous coutent déjà bien assez chers en subventions que nous payons de nos impots en servant la soupe aux pouvoirs.
La presse n'est plus un contre pouvoir, alors qu'elle crève !