Le "piratage" via Internet serait en train de tuer le Cinéma?

Publié le par Frédéric Montagnon


Luc Besson vient de publier dans Le Monde une tribune sur le "piratage" du cinéma via Internet. Il décrit le problème de la façon suivante:
- 500 000 délits serraient commis quotidiennement en France via internet (J'ai cru comprendre que cela signifie que 500 000 films sont téléchargés de façon illégale dans cette étude critiquée).
- Ces vidéos sont faciles à trouver sur internet grâce à des sites hébergés à l'étranger ou via Free.
- Ces sites gagnent de l'argent grâce à de la publicité affichées sur leurs pages par des régies (l'ex pris est Google et Allotrafic) venant d'annonceurs comme Priceminister.
- Le manque à gagner en France est de 1m€ sur 2008.
Luc Besson demande donc que ces "complices" (Google, Pricminister, Free, Priceminister) soient sanctionnés.

J'adore ce que fait Luc Besson (ou plutôt ce qu'il faisait avant 2000), je ne conteste pas ses chiffres que je n'ai pas cherché à vérifier, et il est clair qu'il y a là un problème de fond. En revanche, je ne pense pas qu'il soit pertinent d'aller chercher Google et encore moins PriceMinister comme responsables des difficultés rencontrées par le Cinéma français aujourd'hui. Il serait temps que le marché du Cinéma fasse d'Internet un allié plutôt que de l'ignorer en en faisant son bouc émissaire. Il pointe du doigt des sites comme Beemotion dont l'audience ne peut pas rapporter grand chose.


A qui profite le "piratage" ?

La publicité dont il est question est diffusée de façon automatique, et il est fort probable que PriceMinister ne soit même pas au courant que ses annonces sont diffusées sur des sites illégaux. On peut blâmer Google de ne pas faire le ménage correctement dans les sites sur lesquels il diffuse de la pub. Mais est-ce là le vrai problème?

Combien de ces 500 000 films visionnés par jour auraient véritablement été achetés s'il avait fallu les payer? Combien, parmi les gens concernés, possèdent déjà un abonnement de cinéma illimité? Combien ont déjà payé pour voir le film en question? Et surtout, quelle était cette valeur il y a 15 ans, lorsqu'une bonne partie des cassettes VHS vierges vendues était utilisée pour faire des copies de film? Le piratage, ça ne date pas d'hier.

Je ne pense pas que l'on puisse parler de developpement d'une économie autour du piratage. La valeur qui en est tirée, sous forme de pub, est très faible et concerne un tout petit nombre de personne. L'écosystème Internet (webmasters, plateformes d'affiliations, etc..) serait bien plus à même de construire de l'activité si une vraie ofre de VOD (vidéo à la demande) était en place.


Les conditions imposées par les cinémas sont elles propices au développement de l'industrie du Cinéma?

J'adore aller au cinéma, et pourtant, plus le temps passe, et moins j'accepte de passer plus de 30 minutes à regarder des pubs et des bandes annonces en début de séance alors que j'ai payé 10€ l'entrée. Je ne parle même pas du placement de produit qui est maintenant un marché publicitaire à part entière et qui n'aide certainement pas à ce que le Cinéma soit l'art que l'on veut bien décrire. Mieux encore, on a maintenant des films en plusieurs parties, souvent sans aucune justification du point de vue du spectateur.

UGC détient 60 à 70% des parts de marché à Paris. Le reste revient en quasi totalité à Pathée et Gaumont. Ces 3 marques proposent le même tou petit catalogue. La diversité de ce que l'on peut voir dans les salles parisiennes est minime! Ce n'est malheureusement pas plus brillant en province. Bien entendu, cela arrange certainement les sociétés de production les plus importantes, car avoir un minimum de canaux à gérer est toujours plus simple. Ce sont ces mécanismes qui détruisent la diversité culturelles, là où justement Internet donne de nouvelles perspectives et devrait permettre de proposer un catalogues complet et immédiat d'accès.


L'offre hors salles de cinéma est elle adaptée?

Le Cinquième Elément est à 35€ à la Fnac dans la version Blu-ray. Ca se passe de commentaire :-)

L'offre de VOD est... inexistante. Faites le test, les catalogues disponibles sont minimalistes. Et je ne parle pas des problème de compatibilité de navigateur/plugins que j'ai rencontré à chaque fois que je me suis lancé dans une VOD.

La meilleure façon de luter contre le téléchargement illégal est de proposer du téléchargement payant et légal. Où est passée cette offre?


Pour quoi paie-t-on?

Lorsque je vais au cinéma, qu'est ce que je paie véritablement? Dois je payer le même prix si je retourne voir le même film? Dois je acheter le DVD d'un film si je souhaite le revoir chez moi? Paie-t-on un prix différent en fonction de la définition du format? Qu'est ce que je fais de mes vieilles VHS?
Est ce que je paie pour:
- un support? Dans ce cas le contenu n'est pas valorisé.
- le droit de regarder un film? Dans ce cas je dois pouvoir regarder chez moi gratuitement un film que j'ai vu en salle.
- une licence? Dans ce cas j'ai le droit de la revendre, et il n'y a pas de raison que le prix varie du simple au triple en fonction du support associé.
Ai je le droit de revendre un DVD?


Qui sont les pirates?

Ceux qui "piratent" sont ceux qui vont au cinéma, qui achètent des DVD, qui regardent les pubs qui interrompent les diffusions TV et qui paient la redevance télé et des impôts qui participent à financer le Cinéma français. Preuve que ces gens (j'en fait parti) sont prêt à payer pour se divertir, s'informer, se cultiver. Peut être faut il tout simplement leur apporter des offres adaptées à notre époque, aux modes de vie? Peut être faut il arrêter de sur-communiquer sur des films qui n'ont plus rien à voir avec de l'art? Peut être faut il s'intéresser un peu au public?
On peut même parfois se demander si les pirates ne sont pas aussi de l'autre coté: un projet comme "asterix aux jeux olympiques" n'est il pas un hold-up organisé ? (liste des bénéficiaires)


Comment enrayer le piratage?

L'industrie du cinéma fait de l'argent partout où elle peut, et pas forcement en respectant les spectateurs. Les revenus de cette industrie sont concentrés sur un petit nombre d'acteurs, au détriment de son développement et de la diversité culturelle. Le problème du Cinéma français est là. Ce n'est pas Internet qui cause du tort au Cinéma français, au contraire, c'est sur internet que devrait être réalisé une grande partie des revenus.
Le cinéma n'a pas su innover et profiter de l'énorme potentiel commercial que lui offre Internet. Il n'est pas trop tard, et il y a beaucoup à faire. A quand un Amazon de la vidéo, payant, simple et efficace pour visionner immédiatement n'importe quel film? Avec une offre claire, un catalogue digne de ce nom, des moyens de paiement simples et des technologies adaptées, le Cinéma aurait de beaux jours devant lui.

Le jour où il sera plus simple de charger un film en payant que de trouver un lien Bitorrent ou équivalent, tout le monde sera gagnant!

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Lionel 16/02/2009

Je vais au cinéma ce soir... Ca y est, je suis par avance dégoûté des 30 minutes de pub avant le film :)

Hadrien.eu 16/02/2009

Certains commencent à comprendre. UGC Wilson a enfin baissé ses prix, proposant un tarif de 3,90€ au lieu de 9,5€ pour les moins de 26 ans. Gaumont en face a été obligé de suivre. Pas de bol, j'ai 26 ans passé.

Par contre, ils se plantent une énième fois avec la 3D. Ils savent que les films en 3D sont un moyen de nous faire revenir en salle, le matériel pour une session "pirate" étant beaucoup trop cher et peu répandu, du coup, ils majorent le tarif de 2€. Ce qui revient à une séance à 12€ pour les 26+, popcorn non inclu. Dommage, parce que le ciné 3D vaut le détour.

celine (palmito) 16/02/2009

De nombreuses réflexions sont bonnes dans l'article.

Personnellement, avant j'étais "contre le piratage", je ne téléchargeais rien d'illégal et je trouvais même ça mauvais pour les artistes (ayant travaillé avec eux au cours des années). Mais après m'être rendue compte que je devais racheter tous les films que j'avais en VHS (plus de 300) sous forme de DVD parce qu'on achète un support et non un film, et parce que la technologie évolue... J'ai fait un rapide calcul et me suis rendue compte qu'être "honnête" en suivant ce chemin me demanderait un investissement que je n'ai pas sur mon compte.

A paris, la grande mode est d'avoir la carte illimitée UGC, car aux prix des places, ça vaut le coup de penser à une réduction à l'année. Mais il faut aller au moins 3 ou 4 fois par mois au cinéma pour que ça soit rentable. Très sincèrement, quand je vois les films qui passent à l'ugc, ce n'est pas si souvent qu'il y a 3 ou 4 films sympa à l'affiche dans le mois.

Proceau 16/02/2009

Tout le probleme est aborder d'un coté il souhaite gagner sur l'axe du support (VHS / DVD / BR) mais de l'autre aussi sur la propriete intellectuel ( copie / droit auteur )
Mais internet est plus centrer sur la vrai valeur d'un produit et dans le cas des films leur vrai valeur est bien plus faible.

Anonym 16/10/2009


A partir du moment où l'Etat a validé le vol organisé au profit des majors sous la forme d'une taxe sur tous les médias et formes de mémoires électroniques (vous payez une taxe pour la mémoire dans
votre GSM, votre PDA, votre GPS, vous payez à l'achat d'un disque dur, d'un CD ou d'une clé USB etc) et ce sans aucune distinction il me paraitrait stupide de continuer à payer sa musique et ses
films.

ils n'ont pas voulu de la license globale et ont imposé une taxe injuste et s'attendent à ce qu'on paye quand même ? Faut rester réaliste.

De plus les seuls "artistes" à se plaindre du piratage sont en fait des industries lourdes à eux seuls, Metallica, Jhonny, Britney Spears... pas vraiment des gens qui ont du mal à boucler les fins
de mois... Stop l'hypocrisie.

Remplir un Ipod de 80Go Légalement vous avez une idée de ce que ça coute ? si on veut aps encourager le piratage pourquoi vendre ces appareils, des graveurs, des cd vierges etc ? Ce'st facile de
vouloir gagner sur les 2 tableaux en vendant d'une part du matos et de l'autre ne encaissant la taxe que les gens payent à cause de la disponibilitré de ce matos.

En bref, je pirate un max et je ne me sens même pas l'ombre d'un scrupule.