Les vieux ne veulent pas payer pour du contenu, les jeunes si!

Publié le par Frédéric Montagnon



Voilà qui va en surprendre plus d'un:
Harris interactive vient de publier un sondage réalisé auprès de 1164 anglais de 16 à 64 ans : "si votre site d'actualité favoris devenait payant, que feriez vous?". Résultat:

- 75% chercheraient un autre site, gratuit,
- 5% accepteraient de payer pour continuer à le consulter,
- 8% ne consulteraient que la partie gratuite,
- 12% ne savent pas.

Sur ce panel, 29% des gens interrogés ne consultent jamais de site d'information, et seuls 50% en consultent au moins une fois par semaine.

5%, c'est finalement pas si mal, je m'atendais à moins. Considérons que le résultat puisse s'appliquer à la France. Alors, sur 40M d'internautes il y a 2M clients potentiels, soit un marché annuel de 300M€ pour un abonnement mensuel de 5€. Pourquoi 5? C'est ce que j'estime être le minimum à facturer pour ce genre de service.
De l'autre coté, il y a la pub. L'ensemble des sites d'actualité représente moins d'1m de pages vues (données Nielsen). Même s'ils sont bien vendus, il est difficile d'imaginer que le chiffre d'affaire de tous les sites d'info réunis puisse dépasser 60M€ sur l'année. Rien à voir avec les 300M€ que j'estime plus haut. D'autant que vendre de la pub coute très cher. Enfin, Il y aurait 37 000 journalistes en france. J'imagine qu'ils représentent une masse salariale d'environ 1,2m€?

Dans ces conditions, un modèle de contenu payant sur Internet me semble avoir sa place et donne un sens économique à la presse en ligne. Bien sûr, il faut un très bon produit pour vendre, et une bonne culture web pour savoir comment le vendre. C'est certainement l'ADN Internet qui fait et fera défaut.

Mais le plus intéressant dans ce sondage est le comportement suivant l'age:

- 13% des 16-24 ans sont prêts à payer,
- 6% pour les 25-34 ans,
- 1% pour les 35-44 ans,
- 2% pour les 45-54,
- 1% pour les 55-64.

Tout est dit: les vieux sont radins, et ils ne nous aideront pas à construire les modèles de demain :-)

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Pierre-Olivier Carles 22/09/2009

Je crois également qu'il existe une - large - place pour du contenu payant mais de grande valeur. Pas mal de journaux américains sont d'ailleurs en train de rebasculer au payant, sous l'impulsion de Murdock et c'est, à mon avis, le bon chemin.

Il existe un marché qui est prêt à donner quelques $ pour accéder à un contenu de grande qualité (sur le même principe que Canal+ il y a quelques années). Par grande qualité, j'entend bien-sûr les articles et le travail des journalistes (à qui un demande un vrai décryptage et non un simple relais des faits) mais aussi du support (sans pub, ergonomique, très lisible, très accessible par Anytime Anywhere)...

Ceux qui ne veulent pas payer devront se contenter d'une information brute et noyée dans la pub ou le publi-reportage. Il me tarde que la presse fasse enfin sa révolution !!!

Pierre-Olivier Carles 22/09/2009

Je suis entièrement d'accord. Le service que j'évoquais est bien double :
- Un journalisme d'analyse (je sais lire une dépêche AFP ou un CP tout seul) qui va m'éclairer sur des points sur lesquels je n'ai pas d'expertise,
- Un support de qualité (comme évoqué ci-dessus) que je pourrais consommer n'importe où n'importe quand.

Je ne lis plus la presse écrite aujourd'hui par simple contrainte logistique (le journal n'est pas là où je peux le lire au moment où je peux le lire... et en plus, il est plein de pubs :-))

Jacques Le Bris 22/09/2009

Bonjour,

Ce billet m'inspire quelques commentaires.

D'une part, quand c'est papa qui paye, bien entendu on se fiche pas mal de payer un journal. Une fois qu'il n'est plus là pour le faire ou qu’il ne veut ou ne peut plus le faire, on regarde à deux fois...

D'autre part, quand on a du mal à se chauffer, à payer son loyer ou à manger, il est bien évident qu'on se fiche pas mal de la presse, même de celle à scandale !

Alors faire payer un canard ou pas, c'est bien là une préoccupation d'une personne nantie ! Murdoch en est un bel exemple, caricatural même. En plus, quand un canard est boiteux et qu'il bat de l'aile par manque de qualité rédactionnelle, tout le monde se fiche de son état de santé, mais royalement.

L'information nette, précise, en temps réel qui justement arrive dans notre smartphone à point nommé pour prendre la bonne décision quel que soit l'endroit où nous nous trouvions sur la planète et même dans l'espace, je crois qu'elle nous parvient désormais via Twitter et notre réseau d'amis très bien informés et en qui nous avons toute confiance. Cela n'a pas de prix et c'est gratuit !

En plus de l'information utile, nous avons en prime avec Twitter la satisfaction de deux besoins primaires : la reconnaissance par autrui et notre instinct grégaire.
Or, un réseau d'amitié, même en version Web 2.0, voici ce que cela donne par exemple sur le terrain :
http://lalettredetoulouse.over-blog.com/
Et cela ce n’est pas un journal payant qui nous le donnera. Il n’y a pas photo.

A Toulouse, nous avons un Journal qui a passé des crises très graves et qui, malgré tout, survit encore. Sa recette : la rubrique nécrologique. C’est elle qui fait acheter le papier qui en est le support. Le reste n’est que l’emballage, autant qu’il soit agréable cela ne coûte pas plus cher, enfin si je puis dire...

Cordialement
JLB

Amaury 22/09/2009


Une interprétation judicieuse des chiffres, bien vu.

Je pense réellement qu'il y a de la place pour de l'information payante sur Internet, et finalement tout le monde s'accorde à le dire. Même M. Schmidt de Google ne contredit Murdoch que sur le fait
que l'information grand public payante n'est pas un modèle viable.

Je suis moi-même prêt à payer pour de l'information de qualité, structurée et argumentée sur des sujets que j'aurais moi-même envie d'approfondir, ou au contraire pour des synthèses de
problématiques que je ne maitrise pas ou qui me semblent a première vue loin de mes préoccupations quotidiennes.

Personnellement, les clés pour me faire payer un "service d'information" seraient les suivantes:

-Un contenu de qualité produit par des journalistes (oui, c'est important)
-Des articles s'appuyant sur des avis d'experts mais consistant en des synthèses claires et exactes
-Un accès aux sources et références pour approfondir les articles
-La possibilité que les lecteurs soient impliqués dans le choix des sujets (http://www.spot.us et http://www.glifpix-project.com/)
-Considérer les lecteurs comme un réseau, un groupe que je pourrais consulter lorsque j'ai des questions (Aardvark, Twitter, facebook)
-Un contenu consultable partout, tout le temps (y compris une version papier si je le souhaite)
-Etre surpris (sortir de la spirale infernale des outils de recommandation automatique qui font tourner en rond autour de ses centres d'intérêt déclarés)
-Des services associés (avant premières, événements, bons de réductions, agence de voyage alternative ou que sais-je...)


Patrick 26/10/2009


Les vieux ne veulent pas payer pour la presse tout simplement parce qu'ils savent très bien que la presse ne fait plus son boulot depuis longtemps. Les jeunes ne savent pas encore cela. De plus les
jeunes pensent avoir plus besoin de l'information des média pour leur développement personnel et professionnel.

Nous savons malheureusement que le but de la plupart des médias est de faire de l'argent, pas d'informer. En France, en plus, les média s'intéressent essentiellement à eux-mêmes, ils se sentent en
sécurité très cozy dans leur petit monde politico-médiatique.

Les seules publications encore digne d'intérêt sont pour moi anglo-saxones, et sont The New York Times, The Economist et The Financial Times. Des publications exclusivement en ligne telle que The
Register sont aussi excellentes.
Les articles de ces publications font apparaître une connaissance approfondie du sujet traité, un grand travail de recherche (historique, sociologique, économique, technique), un grand travail de
terrain (nombreuses interviews avec des personnes clés), une analyse perspicace, détaillée et innovante, une synthèse claire du but de l'article.

N'importe quel blogueur peut écrire un article du Monde, du Figaro ou de Marianne.

Alors, journalistes, au boulot ! ... et les gens voudrons payer pour vous lire.

Patrick