l'eG8 veut mettre d'accord deux mondes qui ne se comprennent pas

Publié le par Frédéric Montagnon

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Universal a offert à chaque participant à l'eG8 un CD de Jessie J. En découvrant ça, je me suis demandé pourquoi et pour qui? C'est très gentil de la part d'Universal de faire ce cadeau... j'ai écouté rapidement ce que ça donne en ligne (je ne connaissais pas Jessie J malgré ses 600k followers et ses 1,3M de fans). Le CD restera évidemment dans son emballage, ça fait plus d'une dizaine d'années que je n'utilise plus du tout de support physique pour ce genre de contenu. Voila un beau symbole de ce qui sépare les deux mondes qui sont censés se parler et apprendre à se comprendre à l'eG8.

Je trouve l'initiative de l'eG8 excellente, et le programme de ces deux jours est bluffant. Cependant, à la fin de cette première journée, je me demande s'il est possible de réconcilier deux cultures, deux générations (je ne parle pas d'âge), deux mondes aussi différents. 

Au fond il y a 2 sujets: celui de la liberté d'expression et de la prise de parole. A force de la donner au plus grand monde, on finit par voir émerger une nouvelle forme de la démocratie, qui n'est pas du gout de tous. Et puis il y a un problème de redistribution de la valeur créée dans un écosystème qui ne ressemble pas à ce que l'on connaissait avant Internet.

Qui créé la valeur, et qui la capte?

 

 

La discussion "Intellectual Property and the Culture Economy in the Digital Age" est particulièrement marquante car elle montre à quel point les interets et les conceptions divergent. En effet, il faut se parler, car le monde qui se construit en ce moment ne peut pas et ne doit pas fonctionner uniquement sur les principes d'échanges mis en place durant les trente glorieuses.

L'industrie culturelle fait émerger des produits qui ont, avec le temps, réalisé une hyper-concentration de la valeur autour d'un très faible nombre de créateurs et d'intermédiaires. Cette situation est aujourd'hui prise comme référence par les uns. C'est l'arrivée des mass média audiovisuels qui a créé ce système. D'autres, j'en fais partie, se désolent que cette organisation ait écrasé la culture de proximité que créent les artistes localement.

Certains voient dans l'industrie culturelle le financement de la création et la source de la diversité culturelle. Les autres, j'en fais partie, y voient une barrière à l'entrée que le talent seul ne permet pas de franchir, ainsi qu'un appauvrissement et une uniformisation malsaine de la diversité culturelle.

Certains voient dans le comportement des utilisateurs sur internet une menace pour les modèles existants là où d'autres, j'en fais partie, y voient l'opportunité ultime de faire émerger de vraies mouvements créatifs.

Certains voient dans la participation des consommateurs à la chaine de distribution (comprendre le peer to peer au sens large du terme, je ne parle pas de piratage) une menace économique là où d'autres, j'en fais partie, pensent qu'une culture populaire se crée autant par ceux qui l'initient que par ceux qui la portent et la promeuvent.

Enfin, certains pensent que toute la valeur doit se concentrer autour de celui qui créé l'impulsion initiale, d'autres, j'en fais partie, pensent que la valeur doit être partagée tout au long de la chaine puisqu'une création n'est rien si elle n'est pas portée par un public.

 

Je ne pense pas que l'on arrivera à quoi que ce soit dans la discussion car nous ne parlons pas la même langue et nous ne cherchons pas à défendre les mêmes valeurs. Qui a raison? L'histoire nous le dira. L'histoire est en marche, les technologies et les usages changent la façon dont le monde est organisé, et personne ne peut s'opposer à ces mouvements. C'est juste une question de temps.

 

 

 

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electric girl 25/05/2011


Je comprends le fait que tu préfères écouter des musiques sur l'ordi etc (c'est plus rapide et plus simple). Je fais ça souvent aussi.
Toutefois, à choisir, je préfère écouter un vinyle. Le son est moins lisse, la musique est moins modifiée. C'est pour cela que j'adore Third Man Records.
Et puis, avec le CD tu as la pochette etc. En plus, bien souvent, le CD finit par valoir moins cher que les mp3.
Après, c'est sûr que ce cadeau est un peu déplacé à l'eG8...qu'est-ce qu'ils sont doués ces labels !


neness77 29/05/2011


Tu as raison, le monde des majors et celui des internautes est irréconciliable car les intérêts ne sont pas les mêmes...je croit savoir qu'il y'a même eu une belle foire d'empoigne et que ça s'est
terminé en pujilat !


nico 09/06/2011


Bonjour Frédéric,
J'aime la vision que vous présentez de long tail culturelle.
Ce qui me gène énormément aujourd'hui, c'est ce que décrit Zappy max.
Avant les majors prenait une partie du CA qui ne revenait pas aux artistes et il y avait peu de diversité.
Aujourd'hui... les deezer, spotify et youtube ne prennent ils pas une part encore plus grosse ?
Je paie 10€ par mois à spotify pour écouter toute la musique du monde. C'est génial mais j'aimerais savoir si les artistes que j'écoute sont un minimum rémunéré.


Gallineau 17/06/2011


"D'autres, j'en fais partie, se désolent que cette organisation ait écrasé la culture de proximité que créent les artistes localement. "

C'est bien pour ça que des initiatives come www.creerealiser.fr existent ! ^^

Au plaisir de vous offrir à dîner pour en discuter avec vous car se désoler et s'en rendre compte, c'est bien; agir, c'est encore mieux.

Bien à vous,


Jean Néhempalépourmoinqueçà 19/06/2011


"un membre du portail d'information Wikio nous confie que leurs juristes travaillent à une « assurance blogueur » avec assistance juridique en cas d'attaque en diffamation."

http://eco.rue89.com/2011/06/18/une-assurance-pas-tous-risques-pour-proteger-votre-e-reputation-209767?page=0#comment-2454123

Vous feriez mieux de virer les corbeaux que vous hébergez et pour lesquels vous avez reçu des plaintes en LRAR que de nous vendre une assurance contre vos propres méfaits.