La curation et les curators, c'est quoi? C'est nouveau?

Publié le par Frédéric Montagnon

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Le curator est celui qui met de l'ordre, tri, classe, range.

 

Depuis peu on parle d'une vague de curation et de curator sur le web. Je cure, tu cures, nous curons. C'est probablement le mot le plus laid de l'histoire du web pour qui le prononce en français...

 

L'internet est organisé par ses utilisateurs... et des technologies

Internet s'est construit et s'est organisé grâce aux annuaires (Dmoz & co), aux moteurs de recherche, aux outils de bookmarking, et plus récemment aux recommandations sur les réseaux sociaux les et réseaux d'information (je pense à Twitter). Dans tous ces cas, ce sont les utilisateurs qui sont à l'origine de la structure données à l'information. Dans les annuaires, les soumissions et les approbations se font manuellement. Les moteurs de recherche travaillent à partir des liens qui sont, en majorité, laissés par des utilisateurs sur des pages. Et bien entendu les réseaux sociaux et les réseaux d'information ne fonctionnent qu'à partir de l'activité des utilisateurs.

On parle aujourd'hui de Social Curation et de Curator. Difficile de trouver une définition qui fasse consensus, mais je pense qu'on peut résumer en disant que la "Curation" est le résultat de la qualification et du tri par des spécialistes des contenus et des services disponibles sur internet.

 

Quoi de neuf docteur?

Qu'y a-t-il donc de nouveau avec la "curation"? C'est finalement une activité qui est au coeur de l'Internet depuis sa création. Je me souviens de mes premiers moments sur le web en 1994, je cherchais des pages de favoris sur des sites persos pour découvrir des contenus, d'autres sites, des services. C'était déjà une forme de "curation".

Certains disent que les nouvelles plateforme de "curation" introduisent de l'humain dans les outils de recherche qui ne sont que des machines? Pour les raisons évoquées plus haut, un Google prend déjà en compte, et plus que n'importe quel outil, le comportement et le tri réalisé par les utilisateurs.

Un mot nouveau pour recycler un concept ancien? Lorsqu'on a créé OverBlog en 2004, on était ravis que le terme de blog devienne une mode. Dans le fond, la vraie nouveauté du point de vue de l'utilisateur, c'était d'avoir abaissé la barrière à l'entrée pour permettre à des utilisateurs qui n'ont aucune connaissance technique de publier en ligne. D'un point de vue technique, la nouveauté venait de la normalisation du traitement du contenu: l'élément unitaire n'était plus le site perso, ni une page d'un site perso, mais un contenu. Cela a permis de faire évoluer le format et la syntaxe des pages générées pour leur permettre e survivre à l'évolution des normes. Au passage il a été possible de trouver un dénominateur commun pour tous les blogs: le RSS.
Lorsque je regarde en arrière, sur le moment les blogs n'apportaient pas une rupture si forte. C'est l'usage massif qui en a été fait plus tard qui a changé la donne. On est un peu dans le même cas avec la curation: quelque chose de nouveau est possible, mais rien ne me semble être démontré pour le moment.

On parlait déjà de Folksonomie il y a quelques années. Certains (je n'en fais pas parti) était convaincu qu'en laissant un maximum d'utilisateurs qualifier/ranger les pages qu'ils visitent sans controle, on convergerait vers une organisation pertinente. Dans le cas de la Curation, on veut donner la paroles aux spécialistes cette fois. Il faut croire que la démocratie ne donne pas de bons résultats sur ce sujet :) La nouveauté réside dans l'idée que les meilleurs spécialistes vont servir de guide. Pourquoi pas, mais c'est déjà le cas?

A quand une vraie rupture?

Je pense qu'on pourra vraiment parler d'une rupture si les services de "curation" arrivent à relever 5 défis:

- Centraliser l'activité d'organisation que nous faisons tous, mais de manière éclatée. Je n'ai pas envie d'utiliser un nouveau service pour rassembler ce qui m'interesse sur le web, je le fais déjà via Twitter, Google Reader, mon blog, Facebook, Quora (je le mets pour être dans le coup), etc... En revanche j'aimerai beaucoup pouvoir retrouver/chercher/organiser ce que j'ai partagé et ce qu'ont partagé mes contacts. Bien que les acteurs de la Curation semblent un peu allergique aux machines et aient envie de remettre l'humain au centre du service, il va leur falloir travailler sur des technos pointues pour y arriver.

- Apporter une valeur immédiate à un utilisateur qui n'est pas encore engagé. (corollaire du point précédent)

- Etre capable de faire la distinction entre un spécialiste et un novice. Bien sûr, il faut donner plus d'importance à ceux qui ont une expertise sur le sujet "curé". Pas simple, car ceux qui sont les plus actifs et qui font le plus de bruit sur le web ne sont pas nécessairement les plus pertinents :)

- Trouver la bonne mécanique pour donner envie à des spécialistes de tous horizons de "curer". Dans l'univers web/hi tech nous sommes nombreux à faire ce travail en échange d'un peu de visibilité. Mais quid de la medecine, du droit, etc...

- Trouver un modèle de développement ouvert là où je ne vois pour le moment que des plateformes fermées qui souhaitent capturer l'utilisateur dans leur univers et dans leur outil. Je pense qu'il faut précisément faire l'inverse pour avoir une chance de jouer un rôle qui compte dans l'écosystème de demain.

Quant à la valeur économique, je n'ai vraiment aucune idée des débouchés, mais je me souviens qu'en 2004 le modèle n'était pas évident pour les blogs non plus.

 

Et vous? Vous en pensez quoi: est on en train d'écrire une page importante de l'histoire du web ou est ce juste le buzz d'un moment?

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Jacques Le Bris 19/01/2011


Bonjour,

Il y a quelques années, j'ai découvert le mot blog. Lorsque je me suis décidé à en créer, j'ai fait une rapide enquête pour savoir où.
Je suis tombé tout naturellement sur la plate forme Over-Blog qui avait l'énorme avantage, non pas d'être d'origine toulousaine, mais d'avoir une équipe à l'écoute des utilisateurs et Dieu sait
s'ils avaient des choses à écrire. Nous connaissons la suite, foi de Blogmestre.

On range dans ces outils de curation, voir cet article http://t.co/TPbSK5Q , aussi bien pearltrees, que paper.li et scoop.it. Si je n'ai pas mordu à pearltrees, il se trouve que j'ai découvert
paper.li pratiquement le même jour où invité par Blog sur Garonne chez Goojet, nous avons assisté au lancement de l'aventure scoop.it fin octobre 2010.

Une fois encore, j'ai rencontré là une équipe qui certes avait une idée en tête au départ, mais qui était à l'écoute 24/24 des utilisateurs (pour l'instant des invités de version bêta privée). On
voit au fur et à mesure des réalisations que l'outil s'affine et donc bien malin est celui qui peut dire ce qu'il sera dans 6 mois. Ce qu'il faut retenir c'est la méthode employée, celle de la
qualité. On part petit et on améliore progressivement à l'écoute des utilisateurs. S'ils sont contents, c'est eux qui en parleront et qui feront le succès de l'outil.

Est-ce que le grand public se les appropriera ? La réponse n'est pas certaine aujourd'hui, mais ce qui est sûr c'est que l'outil retenu sera celui qui sera (sans bug évidemment) le plus simple
d'utilisation, le plus ergonomique, le plus ouvert aux réseaux, bref le plus efficace du point de vue des utilisateurs. Après le monde est riche de sa diversité et jusqu'à présent nul n'est
immortel, aussi ce n'est pas parce qu'à une époque untel est top curator dans son domaine qu'il le restera ad vitam aeternam.

Laissons vivre ces outils, le meilleur gagnera ! Entre le blogging et le micro-blogging il y a une niche à occuper de toute façon sur l'espace Internet.

Actuellement les blogueurs trouvent leur intérêt en écrivant sur le sujet qui perturbe un peu leur univers. Qui vivra verra ! Le temps lui fera son oeuvre comme d'habitude.

Cordialement
@JMFLB


Marc Rougier 19/01/2011


Bonjour Fred et merci pour cette intéressante réflexion sur un sujet chaud de ce début d'année.

Je partage ton avis, ainsi que celui de François et de Jacques: c'est une évolution, pas une révolution. Si on reprend la définition: qualification, tri et organisation d'information (je reprends
ta définition en y ajoutant l'aspect organisation, ou mise en contexte), chacune de ces activités existe depuis que l'information existe: veille, KM, CM, blog, bookmark, média sociaux... La
nouveauté en est la démocratisation: mieux organisée, mieux comprise comme un chainon important du cycle de l'information, et mieux outillée aussi (pearltrees, paper.li, scoop.it, etc - disc: je
suis co-fondateur de scoop.it).

Ensuite la question est la mission de la curation. C'est (entre autre), un moyen très efficace de communication: création de média, personnels et thématiques, en agrégeant et mettant en scène le
meilleur du web. Pour le curateur, qui est donc effectivement un éditeur en chef, la curation offre le bénéfice d'un moindre effort, comparé à l'écriture ex nihilo, tout en étant un vrai acte
d'expression personnelle par choix et mise en contexte des contenus. Pour l'audience, la curation offre un accès simplifié et thématisé à du contenus qualifié.

La curation s'inscrit donc naturellement dans l'évolution du web, comme tu l'indiques pertinemment à propos d'Over-blog: "la vraie nouveauté du point de vue de l'utilisateur, c'était d'avoir
abaissé la barrière à l'entrée pour permettre à des utilisateurs qui n'ont aucune connaissance technique de publier en ligne". Over-blog est une belle victoire de l'humain sur le robot ;)

Essayons avec la curation de continuer cette mission, de baisser encore plus la barrière, en facilitant maintenant la découverte, la sélection et la mise en scène du contenu pertinent déjà
existant, massivement, sur le web. Que chacun, technique ou non, écrivain ou non, puisse s'exprimer sur un sujet de passion ou d'expertise.


Ben 20/01/2011


Déjà rien qu'avec le nom, ce nouveau service part avec un gros handicap... c'est pas vraiment fun. ;)
Je pense aussi, que mes amis, mes contacts font déjà pour eux même ce travail. Et comme en plus ils le partage sur leur différents résaux.... ;)


RTSays 23/01/2011


Mes petits camarades américains sont bien fan du terme curator, à rapprocher d'un point de vue linguistique au terme de curateur qu'on emploie dans les musées en France ; un rôle hybride où l'on
doit tout gérer, être au courant de tout sans perdre cette vue d'ensemble en se spécialisant trop sur une dimension de la connaissance - connaissance des sujets, des pratiques, des
motivations...

Comme vous l'avez souligné, cet état d'esprit se retrouve au sein de segments bien différenciés de l'interweb, que le terme de curator désigne des professionnels (mes clients me perçoivent comme le
curator des technologies mises au service de la santé) comme tout un chacun (mes amis sur facebook m'ont élu "Curator of the Internet".

De là à en dégager une vision cohérente de l'utilisation à en faire... Quoi qu'il en soit, ne sous-estimons pas la force du buzzword


for more details 10/02/2014

I enjoyed reading you post.Yea. Very well.Curators bring order class and authenticity to the works they do.No matter what.Usually curating skills is attained via practice:and you are a veteran in thus business.