Ce n'est pas la France qui est victime d'un exode, c'est le monde qui s'enrichit en se mélangeant

Publié le par Frédéric Montagnon

Ce n'est pas la France qui est victime d'un exode, c'est le monde qui s'enrichit en se mélangeant

On assiste de plus en plus à un « France bashing » dans les médias, français et internationaux, reprochant à l’écosystème français d’être morose et de pousser les entrepreneurs en dehors de ses frontières. Dans cet article du New York Times, un entrepreneur français basé à Londres déclare : « En France, le sentiment de déprime est de plus en plus profond. L’économie va mal et si on veut monter son propre business, l’environnement n’est pas propice ». D’après l’article, les tentatives de François Hollande et Fleur Pellerin de redorer le blason français ne suffisent pas à « fermer le robinet » des entrepreneurs en exil. Selon moi, ce n’est pas une mauvaise nouvelle.

La France n’est pas victime d’un exode, la mobilité augmente à l’échelle mondiale

Plutôt que de prendre pour exemple le cas d’un individu basé à Londres, je me suis penché sur les chiffres. En 10 ans, le nombre d’expatriés français pour des motifs entrepreneuriaux est passé de 10 à 18% et au global, le volume d’expatriés augmente 7 fois plus vite que la population française comme je l’avais déjà souligné. Il est indéniable que les obstacles fiscaux à l’entrepreneuriat existent et que les chiffres de l’expatriation ont connu un pic après l’élection de François Hollande.

Cela étant, selon moi, plutôt que de pointer un "brain drain" français, l’article du New York Times aurait mieux fait de prendre un peu de hauteur et d'écrire comment et pourquoi la mobilité augmente à l'échelle du monde.

En réalité, le nombre d’expatriés est en croissance de 2,6% depuis 2009, partout dans le monde, et devrait continuer d’augmenter pour atteindre près de 57 millions en 2017. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cette croissance dans la mobilité ne concerne pas que les migrations des pays en voie de développement vers les pays développés mais aussi la mobilité depuis les pays développés. Le pays de l’OCDE qui compte le plus d’expatriés est d’ailleurs… la Grande Bretagne – où est venu se « réfugier » l’entrepreneur cité dans le New York Times - avec 3 millions de britanniques vivant à travers le monde.

Mêmes aux USA, pourtant terre d’accueil rêvée historique - elle compte 38 millions d’expatriés, on s'inquiète du nombre de citoyens qui renoncent à la nationalité américaine ces temps ci. Ce qui se passe en ce moment est bien plus intéressant qu’un « brain drain » français : c'est un brassage mondial qui s'opère et qui s'accélère au fil des années.

Le mélange, source de richesse, doit au contraire être une priorité pour la France

Je pense que l'augmentation de la mobilité est une excellente nouvelle. Comme en biologie, les mélanges sont source de richesse. Ils permettent la transmission du savoir, des compétences, et sont à la source même de l’innovation. La mobilité est un facteur fondamental pour la croissance, une préoccupation particulièrement importante en ces temps de morosité économique.

Le vrai challenge pour la France - et pour tous les pays d'ailleurs - n'est pas de réduire le nombre de ses expats, mais est de trouver le moyen d'attirer plus de talents étrangers. La Silicon Valley l’a d’ailleurs bien compris en faisant des politiques favorisant l’immigration de profils « techniciens » une de ses priorités dès 2012. Les gens vont choisir de plus en plus l'endroit où ils s'établissent en fonction de ce que le pays a à proposer : des opportunités professionnelles et une qualité de vie.

Du point de vue économique : la France est le 4ème pays à recevoir le plus d'investissement étrangers après les USA, la Chine et l'Angleterre. Du point de vue de la qualité de vie, la France est déjà très bien placée dans l'Expat Explorer d'HSBC, 51% des interrogés déclarent apprécier la richesse culturelle et la qualité de vie qu’offre la France. Du point de vue de l’éducation, la réputation de la France n’est plus à refaire. Plus de 20% du budget de l’Etat est alloué à l’éducation, l’enseignement et la recherche. Le résultat : des universités toujours bien placées aux classements de référence (Shanghai, Financial Times, Times Higher, European Report on Science and Technologies…)

Pourtant le problème de la France est bien un problème de communication : la France a beaucoup à proposer, reste que son offre est très mal communiquée, surtout en ce moment. Elle a besoin d’un bon directeur marketing qui rende plus claire son offre et la fasse mieux connaître à l’étranger. De la même façon que les écoles et universités, perçues comme les meilleures, attirent mécaniquement les meilleurs talents, la France doit devenir plus attractive.

Publié dans Article, startup, Politique

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Marie 25/03/2014

Merci pour votre article très interessant. Toujours bon de prendre du recul et de regarder une situation dans son contexte global, beaucoup plus instructif.

xavier 26/03/2014

En tout cas ce ne sont pas les moins diplômes qui quittent la France... j habite en Asie et ici la TRÈS grande majorité vient des grandes écoles et universités.
Et de l'immigration il y a en effet aussi beaucoup de France. Certainement en nombre comparable aux émigrés. Mais ont ils le même niveau d éducation? Permettez moi d en douter

étudiant 27/03/2014

"Du point de vue de la qualité de vie, la France est déjà très bien placée dans l'Expat Explorer d'HSBC, 51% des interrogés déclarent apprécier la richesse culturelle et la qualité de vie qu’offre la France."
Donc 49% n'aiment pas la vie en France...
"Du point de vue de l’éducation, la réputation de la France n’est plus à refaire. Plus de 20% du budget de l’Etat est alloué à l’éducation, l’enseignement et la recherche. Le résultat : des universités toujours bien placées aux classements de référence (Shanghai, Financial Times, Times Higher, European Report on Science and Technologies…)"
C'est une blague ?

PP 20/04/2014

"Plus de 20% du budget de l’Etat est alloué à l’éducation, l’enseignement et la recherche. Le résultat : des universités toujours bien placées aux classements de référence (Shanghai, Financial Times, Times Higher, European Report on Science and Technologies…)"

On serait en droit de se poser des questions sur ce classement en regard du coût enseignement / recherche en France non ??? Aucune école Française au TOP 30, la première est en 37ème position (http://www.shanghairanking.com/ARWU2013.html)...