Lorsque la recommandation sociale restructure Internet

Publié le par Frédéric Montagnon

3876997563_62a7acf520.jpgTranshumance. Illustration laissée en libre interpretation.


L'utilisation des réseaux sociaux est en train de réorganiser Internet: en augmentant les usages, et probablement en appauvrissant la diversité des contenus exposés.


Les 3 grandes évolution dans la structuration du web


Au commencement du réseau, Internet était organisé selon la hiérarchie des annuaires: on accède aux contenus et services en descendant dans une arborescence contrainte par leurs éditeurs.

Puis les moteurs de recherche sont arrivés et ont permis un accès par mot clé, démultipliant les dimensions de recherche en réduisant dramatiquement les temps d'accès. On peut penser que l'histoire s'arrête là et que les moteurs de recherche seront seuls à organiser l'information du web. "organize the world's information" est d'ailleurs la mission de Google. Mais si nous avons besoin de chercher activement de l'information, la quantité d'information que l'on cherche n'est rien à coté de celle que l'on consomme de manière passive parcequ'elle nous est amenée. Lorsque le rapport interet/effort est important, on a tendance à poursuivre sa consomation d'information.

C'est justement une des forces et une raison du succès de Facebook, Twitter (ce dernier est loin d'être un succès en France, mais marche très bien aux US), et l'ensemble des outils de recommandation sociale. Ce qui nous est recommandé par des gens que l'on connait a de forte chance de capter notre attention. On peut voir dans ces outils une nouvelle forme d'organisation du web:  une structuration personnalisée de l'accès au travers des personnes auxquelles chacun est connecté. Lorsque l'on regarde internet au travers de ce filtre, on ne voit au premier niveau d'accès que les recommandations qui sont faites par nos contacts directes. C'est un mode de diffusion en Peer to Peer. Et parceque nous avons tous un réseau de contacts différents, chacun voit un Internet personnalisé différent autour de lui.

L'ère du web "en affinité" ou "personnalisé" grâce à la recommandation sociale

Cette nouvelle structuration amène beaucoup d'avantages et d'opportunités pour les utilisateurs comme pour les sociétés:

Une adhésion plus forte
La première conséquence est une augmentation remarquable du niveau d'interêt que l'on porte au service et contenu consommé, grace aux recommandations qui nous sont faites de la part de gens que l'on connait. Cela se mesure: la qualité du trafic généré par Facebook est plus de 2 fois supérieure (temps passé, taux de rebond) au trafic généré par Google. Ce qui signifie que les liens recommandés sont plus pertinents que ceux trouvés via Google.

Une consommation accrue

Pour "vivre" dans un réseau social, il faut laisser des traces de son activité. Chacun devient alors une source de recommandations pour les autres. Rapidement, la quantité d'information recommandée dépasse notre capacité de consommation. Cela se traduit par une augmentation très conséquente du temps passé sur Internet. Globalement, la "consommation d"internet" par personne va s'accroitre rapidement, probablement beaucoup plus rapidement que ce que nous connaissions jusqu'à maintenant pour cette raison. Le cercle est totalement vertueux pour les utilisateurs comme pour l'économie online. Les perdants sont les canaux offline.

La fin de l'hégémonie des moteurs de recherche

Si Google poursuit sa progression, il n'est plus la seule porte d'entrée du web. D'ailleurs Facebook fait parti des rares sites d'accès direct à 100%, et il est devenu un très gros apporteur de traffic pour l'écosystème. On parle d'ailleurs de SMO (social média optimization) en complément du SEO (search engine optimization).

Domaine Trafic en provenance
de Facebook
Trafic en provenance
de Twitter
Trafic en provenance des
moteurs de recherche
Myspace 14% 1,6% 15%
LeMonde 6,6% négligeable 20%
Blogger 5,22% 1,27% 24%
Wordpress 6,52% 1,96% 40%
Overblog 4,2% négligeable 41%

Les chiffres ci-dessus proviennent d'Alexa.com. La justesse d'Alexa est discutable en absolue, mais fiable en relatif.
LeMonde et Overblog ont un trafic presque exclusivement Français. Les autres plateformes sont internationales, centrées sur les USA, et représentent bien la tendance à venir en France.
De mémoire, les chiffres étaient deux fois moins élevés pour Facebook il y a 1 an.

Je suis persuadé que dans 2 ans, les moteurs de recherche seront globalement une source secondaire de trafic. Pour autant, celà ne signifie pas que Google va arréter de grossir, au contraire. Mais sa situation de monopole va s'estomper sur son activité moteur de recherche. Et pour une raison que j'évoque ici, il serait logique que Facebook devienne rapidement chalenger sur le marché de la vente de trafic.

Quelle est la meilleure source de diversité? Le moteur de recherche ou le réseau social?
Une question me semble importante: celle de la diversité. Un moteur comme Google a ses défauts, et en particulier il a celui de privilégier des sites, des portails et des plateformes qui possèdent un important volume de contenu et savent optimiser leur architecture pour permettre à Google de les indexer facilement. Le simple exemple de wikipedia suffira à convaincre tout le monde. Je ne vais pas m'en plaindre, puisque les blogs hébergés par Overblog profitent de cette concentration, mais cette selection n'est pas en relation avec la nature même des contenus, ni de leur pertinence, ni de leur qualité.
Certains contenus, qui ne sont pas exposés par les moteurs, ne mériteraient ils pas d'être plus visibles? Est-ce que les réseaux sociaux leur apportent cette exposition en augmentant la diversité des contenus et services consommés?
J'ai le mauvais sentiment que sur cette question, l'utilisation des réseaux sociaux va plutôt participer à réduire la diversité. C'est le revers de la médaille.


L'étape suivante

Je pense que la prochaine étape importante sur Internet consiste à rapprocher le "search" et de la recommandation social. C'est le social search. Pour tous les sujets qui impliquent le profil et les goûts d'un utilisateur, les moteurs de recherche classiques ne sont pas adaptés, et les contacts que l'on a dans son réseau sont rarement suffisants pour répondre aux questions que l'on se pose.

Par exemple, si vous cherchez un "film d'aventure", un "album de jazz", un "restaurant à Paris 12", un "concert ce soir", un moteur comme Google ne vous donnera rien de pertinent, ou plus exactement rien d'instantané comme il le fait pour des définitions. La preuve en est que la réponse à l'une de ces requêtes est la même pour tous les utilisateurs.
De la même façon, un réseau de 150 contacts (c'est la moyenne sur Facebook) ne sera pas suffisant pour couvrir les demandes précises que l'on peut avoir. Alors traiter les données issues des contributions d'utilisateur pour en faire un "moteur social" est la réponse à ce problème. C'est ce qu'ont commencé à faire Amazon sur les livres, Netflix pour les films, LastFM pour la musique, etc...
C'est évidemment cette conviction très forte qui me pousse à travailler sur le sujet au travers de Nomao pour ce qui touche à la recherche locale.

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JcL 25/01/2010


Bonjour Frédéric,

Bon papier.
Que penses-tu de Yahoo QR, qui est déjà du Social Search ?
Ou des applis Iphone telles que AroundMe, google Latitud bien sûr, ou encore HiMyTribe ?
@très bientôt, JcL


Claude 26/01/2010


Bonsoir Frédéric,

Il est en effet probable que les médias sociaux accentuent les sites les plus visités mais je pense qu'ils devraient aussi augmenter très nettement la taille de la long tail, ce qui est plutôt
positif : de tous petits groupes auront leurs liens et leurs sites "décalés", quasi-impossibles à retrouver simplement dans un moteur de recherche.

On devrait donc avoir une courbe plus haute mais aussi plus large.

Sinon, Aardvark est intéressant pour sensiblement augmenter la taille des personnes pouvant répondre à une question. Ça marche plutôt bien : par exemple, on m'a recommandé un café wifi à Barcelone
et j'ai recommandé des salles de jazz à Paris.


JFilipp 29/01/2010


Que ce soit pour le search ou les réseaux sociaux, n'oublions pas que le nerf de la guerre c'est la pub et donc, in fine, le CA dégagé par toute opération publicitaire.
De mon point de vue les réseaux ont un rôle à jouer pour les gros annonceurs en matière de branding (le travail sur la marque, le positionnement, la découverte d'un produit), par contre si l'on en
vient à l'efficience de l'action pub (effet immédiat : les ventes sur un site de e-commerce) ils sont encore loin, très loin derrière les liens sponso donc les moteurs.
Aujourd'hui vous voudriez réellement qu'une PME mettre une partie de son budget pub (limité) sur la page d'une jeune femme de 20 ans qui déclare 8 enfants, son amour pour Chuck Norris, Avatar, les
poneys et les bisous dans le cou ? Pour moi dans ce cas précis la plus value du média internet niveau ciblage n'est pas avérée comparée à la pub offline "classique".
L'arme ultime des cybermarketer sera lorsque Facebook pourra proposer un ciblage vraiment pertinent aux publicitaires en termes d'affinités et de profil de consommateur, et il y a encore du boulot
;)


Daniel Maniscalco 10/02/2010


Cher Frédéric,

C'est en vous cherchant sur Internet, que je découvre votre article.

Passionnant !

Cela offre de profondes réflexions sur l'usage et la valeur des recommandations.

Je vous propose donc d'en appliquer les principes dans nos actions pour étudier les enjeux et les impacts de cette évolution du Net.

En témoignage, j'ai été particulièrement surpris de constater sur Internet que le blog que j'avais créé sur votre plate-forme over-blog était estimé à plus de 60,73 millions d'€uros, plus que le
site d'orange.fr estimé lui à 60,05 millions d'€uros ou que le site aufeminin.com à 35,65 millions d'€uros.

Pour vous en rendre compte, je vous mets le lien vers l'estimation de la valeur de mon blog :
http://bizinformation.org/fr/www.businessaffaires.over-blog.com

Je vous mets aussi le lien vers la page d'acceuil de ce site d'évaluation : http://bizinformation.org/fr/

Etonnant, n'est-ce pas ?

Comment alors valoriser, concrètement, cette opportunité, tant sur le plan économique que financier ?

Quelle est la cause de cette estimation ? Sur quels critères ?

Quel impact sur la recommandation, le développement économique des affaires à exploiter, pouvons-nous en tirer ?

Cela me rappelle l'affaire Vizzavi, où son créateur s'est vu offrir par Vivendi, l'opportunité de céder son nom de domaine à un prix très important.

Que pourrait-il m'arriver ? Affaire à suivre....

Si je pouvais valoriser avec Over Blog cette situation et dégager, ne serait-ce que 10% de cette valeur, à valider sur le plan juridique et financier, je pourrais investir dans le fond d'amorçage
que je souhaite créer pour financer les créateurs et les entreprises innovantes.

Pensez-vous que cette affaire puisse être une conséquence de la recommandation sur Internet vers mon blog, car comment expliquer cette information, qu'il soit visité par 627 370 visiteurs par jour
et classé comme le 376ème au plan mondial et le 21ème en France ?

Souhaitez-vous, Cher Frédéric, contribuer avec vos lecteurs à concrétiser cette opportunité de valoriser ce blog ?

Très cordialement,

Daniel Maniscalco

P.S. : Quel impact cette affaire aurait-elle sur la valeur économique et financière de la plate-forme over-blog et de sa société éditrice ?


Peirre-Henri 19/04/2010


Et dire qu'il y en a qui croient le site bizinformation.org ...

Pour évaluer un site, il vaut mieux regarder le CA qu'il génère en premier lieu ... Et cette donnée, seul le propriétaire du site la connait ...

pH